Un collège qui devient musée : quand les murs racontent une histoire (par Lisèle).

À l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine 2026, le Collège Marc Seguin s’apprête à vivre un tournant. Après des mois de complicité et de création partagée, les élèves, l’équipe éducative et la communauté administrative officialisent un projet d’envergure : l’autoproclamation de l’établissement en Collège Musée. Lancée par l’artiste Lisèle et la professeure d’arts plastiques Christelle Rimbert, cette aventure a embarqué en 2026 les cinq classes de sixième dans un cheminement profond autour de questions aussi intimes que collectives, telles que les origines, les ressources, la mémoire et l’histoire locale. C’est aujourd’hui toute une équipe qui porte ensemble cette démarche !

Se souvenir pour ne pas oublier

Nous vivons dans une époque amnésique qui, paradoxalement, vénère la mémoire comme jamais auparavant. Numérisée, classée, figée sur des disques durs, on cherche à tout prix à la protéger. Pourtant, entre les murs du collège et dans les rues de la ville coule une mémoire invisible, bien plus fragile : celle des récits intimes des familles, du passé industriel du territoire, des origines, du paysage et de ce temps de l’adolescence, aussi intense qu’éphémère. A l’image d’un souvenir!

Résonance avec les JEP 2026 —> Patrimoine en péril. 

Le thème de cette année résonne ici comme une évidence avec nos projets. Depuis le début de nos projets menés avec Christelle Rimbert, la question de la mémoire résonne chez les élèves nous disant spontanément « c’était mieux avant ».  À l’échelle de l’établissement, le patrimoine le plus menacé c’est la mémoire, les origines, la culture, le regard, une histoire de quartier et de paysage, une histoire de ressources et de matière. Face au risque de l’uniformisation et de la méconnaissance, le projet de Collège Musée est une réponse directe : créer pour préserver, c’est rendre vivant et transmettre à la jeunesse.

Le cheminement des 6èmes : de l’ouvrier à l’artiste, du travail à l’oeuvre

Pour nourrir ce projet, à la suite de l’exposition Terre de Mémoires, les élèves ont exploré deux dualités fondamentales qui traversent le monde du travail et de la création : l’œuvre versus le travail, et l’ouvrier versus l’artiste.

Ce voyage a débuté avec l’étude de l’ouvrage Le cheval qui galopait sous la terre, en étroite collaboration avec Mme Giraud et M. Mayot, professeurs de français, ainsi que Mme Pourtalet, professeure documentaliste. Ensemble, ils ont exploré les archives, les coupures de journaux et les témoignages sur ces animaux qui travaillaient autrefois dans le noir, au fond des mines.

Pour incarner ce fait historique, les élèves ont vécu une expérience sensorielle forte guidée  par la démarche artistique de Lisèle. Ils ont façonné des têtes de chevaux en céramique, d’abord les yeux ouverts, puis les yeux bandés sous des conditions sonores changeantes. Cette démarche visait à modifier leurs perceptions et à leur faire ressentir la perte de repères liée au travail sous la terre. Travaillées à l’image du charbon et de la roche, ces céramiques ont été émaillées puis cuites dans le four du collège. Aujourd’hui, une installation monumentale prend forme au rez-de-chaussée, près de la salle polyvalente, où l’ensemble de ces têtes s’assemble pour construire deux crassiers géants qui jouent avec le regard du spectateur.

En parallèle, le parcours arts de Mme Rimbert a prolongé cette réflexion minière à une tout autre échelle. Les élèves ont réinterprété de petites boîtes d’allumettes pour les transformer en wagons de charbon et autres dispositifs de mine. Ce travail minutieux sur la perspective, oscillant constamment entre le gigantesque des structures et l’infiniment petit des boîtes, fait l’objet d’une exposition photographique à découvrir à la Galerie des Arts Plastiques du collège. 

S’approprier l’espace — Nous sommes tous des artistes !

Passer de la mémoire à l’art a demandé aux élèves un engagement total. Pour acter cette transition vers la création pure, chacun d’eux a été invité à se donner un nom d’artiste, à concevoir sa propre signature et à rédiger son manifeste personnel — un texte précieux destiné à être relu dans les moments où l’envie de créer s’échapperait.

Pour transformer durablement le collège en musée, un travail de fond a été engagé sur les espaces existants afin de les scénographier et d’archiver le passé de l’établissement. C’est ainsi qu’est née la Galerie des Anciens au premier étage. Une allée entière retrace désormais plus de cinquante ans de vie et de mémoire du collège à travers un mur de cadres abritant les photos de classe et les visages de toutes celles et ceux qui y sont passés. Un travail colossal déjà entamé par Madame Carret lors des 50 ans du collège que nous scénographions un cadre après l’autre !

Le troisième étage a lui aussi radicalement changé de visage pour devenir le Mur des Poèmes, un espace habillé de phrases poétiques avec lesquelles cheminer au quotidien. Ce projet d’écriture, mené par Mme Giraud et M. Mayot dans le cadre du concours de l’AMOPA, a vu plusieurs de ses créations primées. Pour faire vivre ces mots au-delà du papier, les élèves de quatrième ont d’abord investi le « couloir interdit », une aile secrète du collège devenue un laboratoire éphémère de calligraphie. Cette maquette à échelle réelle a permis de tester le processus de création avant que les plus belles phrases sélectionnées ne viennent habiller définitivement les murs du troisième étage, en collaboration avec Lisèle.

Le collège un passage de vie. Marc Seguin, penseur des ponts suspendus nous invite à philosopher : qu’est-ce qu’un Collège Musée, sinon un pont jeté entre l’intérieur de l’école et l’extérieur de la ville, entre le passé des projets et l’avenir des élèves ? 

Peu importe le projet artistique ou la répétition du geste, ce qui compte, c’est la terre dans laquelle le projet s’ancre et son histoire. Ce collège n’est plus seulement un lieu d’apprentissage, de rencontres et de développement, il s’autoproclame Musée, un musée vivant. C’est un espace conçu pour rendre visible ce qui nous échappe, célébrer la création partagée et rappeler que l’art est au cœur de nos vies, que la création est dans chaque matière, elle est un acte de résistance et d’émancipation. 

Toute l’équipe et les élèves vous donnent rendez-vous lors des Journées du Patrimoine 2026 pour pousser les portes du Collège Musée. Entrez pour voir ce qui s’y crée, car se souvenir, c’est d’abord inventer la suite.  Voici le lien d’information : https://openagenda.com/jep-2026-auvergne-rhone-alpes/events/college-musee?cl=fr